L'histoire (simplifiée) du Karaté Do

Le point de départ    ~   1300

 

Au XIVe siècle, Okinawa, île alors indépendante située au sud du Japon, s'ouvre au commerce international avec la Chine. A cette époque, une délégation chinoise composée de fonctionnaires, civils et militaires (surnommée délégation des 36 familles) s'installe à Okinawa, dans le quartier de Kumé (dans la région de Naha). Elle a pour but de faciliter les échanges commerciaux entre le royaume des Ryukyu (Okinawa),le souverain chinois Sanzan  et la Dynastie Ming. Leur présence y sera pour beaucoup dans le développement de l'art martial, notamment parce que la dynastie Ming interdisait le port des armes et que cette motion fut rapidement appliquée à Okinawa afin de sécuriser les ports marchands.

 

 

Le TO TE   ~   1800…

 

Parmi les chinois de cette délégation, certains experts et maîtres de Pangai Noon (boxe de Shaolin du nord) développèrent leur art dans les villes de Naha, Tomari et Shuri. Certaines sources rapportent qu'au XVIIIe siècle, un art de défense nommé To-De (To Te alias "main de chine") fut rapporté à Kumé par le Seigneur Makabé du Fujian. Certains grands experts tels que Kwan Chuan Foo auront leur part de responsabilité dans le développement de la pratique et notamment des tout premiers Katas. Rappelons que Kwan Chuan Foo  (appelé Kushanku par les Japonais) fut le fondateur des Katas Kanku (nom de Kata donné en relation avec son patronyme). Avec l'arrivée de maîtres tels que Sakugawa Kanga, ou Matsumura Sokon une pratique commença a émerger de façon structurée et militaire. Dans les villes d'Okiniwa se pratique désormais le Naha-Te (main de Naha), Tomari-Te ou Shuri-Te. Ce fut à Shuri que l'art évolua le plus (du fait que le seigneur des Ryukyu vivait au château de Shuri). La pratique privilégiait la défense à main nue puisque les armes étaient interdites. En même temps, un art secret émergeait lui aussi, le Kobudo, où les outils agricoles étaient détournés de leurs fonctions premières afin de servir d'armes (Nunchaku, Bâton etc.).

 

 

Gichin Funakoshi  ~  1900…

 

A la fin du XIXe siècle, l'avènement de l'ère Meiji représentent la fin de la féodalité et l'entrée dans l'ère moderne. (pour ceux qui ont vu le film "Le dernier Samourai" avec Tom Cruise, il s'agit précisément de cette transition de l'ère féodale à celle moderne). Les arts Bushi réservés aux hautes classes sociales sont désormais rendus accessibles à tous en les intégrant dans le cursus scolaire. Ces arts sont composés du Kendo, Kyudo, Naginata et Aïkido, puis du Judo, art plus récent qui fut immédiatement parti de ces arts Bushi enseignés dans les écoles.

A là même époque, les Ryukyu sont annexées par le Japon et l'île perd son indépendance pour être alors rattachée à l'archipel. La politique du Japon s'applique désormais à Okinawa.

Nul doute que ces changements de pratiques militaires en arts pédagogiques fut un déclique pour notre art martial. Anko Itosu, maître de Shuri Te à la capitale, décida de réunir et synthétiser les diverses pratiques de To Te pratiquées à Okinawa, afin de créer une forme unique de pratique. C'est le début du Karaté. Anko Itosu créa une méthode de pratique et d'enseignement (en créant notamment les Katas Heian) afin d'intégrer ce "nouveau Karaté" dans les écoles de Shuri.

De son coté Gichin Funakoshi débuta la pratique du Shuri Te à l'age de 11 ans auprès de Anko Asato. De part son intelligence et la qualité de sa pratique il fut rapidement repéré par maître Anko Itosu qui continua à lui enseigner l'art martial. Me Funakoshi était particulièrement apprécié à Shuri où il était maître d'école. Déjà lors de l'adolescence il se rendait au château de Shuri auprès du roi, pour mettre à profit ses talents d'homme de lettres. Il était également renommé pour sa poésie qu'il signait de son nom d'auteur : Shoto. Lorsqu'il reprit en main l'héritage d'Anko Itosu, Gichin avait pour idée de faire entrer le Karaté dans toutes les écoles du Japon (et non pas seulement à Shuri), autrement dit en faire également un art Bushi.

 

 

Keio   ~  1922, 1924

 

Pour tenter cet exploit, Gichin Funakoshi organisa une délégation pour présenter le Karaté lors de l'Enbu Taikai à Kyoto en 1917. Mais ce fut un échec. Les tenues des pratiquants sont alors de simples Jinbei, les coups sont stoppés avant impact et les Katas n'impressionnent guère les dirigeants militaires venus approuvé ou non la pratique au sein du gouvernement. Bredouille, la délégation rentre à Okinawa mais le voyage n'aura pas été totalement inutile. Parmi les maîtres présents ce jour là, un certain Jigoro Kano (fondateur du Judo) a été particulièrement impressionné et à pris contact avec Gichin. Ce dernier sait désormais que pour réussir, il doit s'installer à Tokyo !

En 1922, à 53 ans, il quitte Okinawa pour s'installer à Tokyo et retrouve Jigoro Kano. Gichin lui propose son aide dans son dojo de Judo (certain iront dire qu'il était son concierge)  en échange Jigoro le laisse pratiquer, s'entraîner et surtout le conseille dans le développement du Karaté en l'incitant par exemple à instaurer le port du Kimono (Karate-Gi), et des ceintures. Le Karaté étant un excellent complément au Judo, la rumeur des cours de Me Funakoshi commença a se répendre. Mais n'ayant pas de dojo, il lui fut demandé de donner secrètement des leçons de Karaté dans les dortoirs de l'université de Keio. En 1924, le président de l'université de Keio lui permit d'enseigner officiellement dans un bâtiment à Mita qui fut son premier Dojo.  Il entama l'écriture d'un registre officiel consignant le contenu des cours, le nom des élèves, et il mit au point les premiers grades de ceintures noires du Karaté : le dan Keio, en rapport avec sa pratique originelle. L'expansion est alors en marche, trois ans plus tard Me Funakoshi ouvre un second dojo à Waseda, puis dans bien d'autres universités de Tokyo.

 

 

Shotokan

 

Me Funakoshi est pratiquant de Boudisme Rinzai (religion chinoise), mais dans une capitale typiquement japonaise, il ne peut se permettre de pratiquer cet art chinois s'il veut faire entrer le Karaté au gouvernement Japonais. Il s'exile donc toutes les semaines à Kamakura où il peut méditer au temple Engaku Ji dont les moines partagent la même religion. Il enseigne le Karaté aux moines du temple et ceux là lui conseille de changer le premier idéogramme "KARA" de Karaté. L'actuel signifiant "chine" et pouvant se prononcer au choix Kara ou To. Gichin opte alors pour un idéogramme signifiant "vide", et lui aussi se prononçant Kara. Le vide de la main et le vide de l'esprit. La boucle est bouclée et le Karaté prend son essor. Le maître écrit divers ouvrages sur le Karaté dont les célèbres préceptes. En 1938, Gichin Funakoshi connait la consécration en se voyant édifier son propre dojo personnel (hors des université). Ce dojo portera alors le nom de "Shotokan". Kan signifiant la maison et Shoto étant le nom de poète de Gichin. La pratique de Me Funakoshi reste orientée vers un karaté pur, dépouillé, où sont enseignés Kata, Bunkai, Ippon Kumité, Jyu Ippon et pour les femmes le Goshin Jutsu (la self défense). Les compétitions sont interdites et Gichin. Le Shotokan fut détruit durant la seconde guerre mondiale et jamais reconstruit.

 

 

La J.K.A.

 

En 1949, un groupement composé des meilleurs étudiants de Karaté crée la "Japan Karate Association" et Maître Funakoshi en prend la tête. Il crée alors un système national de grades et kyu, et s'attèle au développement et à la promotion du Karaté au Japon.  Gichin meurt en 1957 à l'âge de 89 ans laissant derrière lui une JKA en plein conflit. L'organisation est composée de trois courants majeurs :

- le groupement universitaire (gardiens du Karaté original),

- le comité JKA composé d'élus visionnaires pour le développement du Karaté,

- et le groupement Shotokaï (élèves et comité issus du Shotokan avant sa destruction).

Chacun entériné par Gichin à son époque prétend pouvoir reprendre l'héritage du maître. Entre l'apprentissage traditionnel du Maître qui refusait d'intégrer la pratique du combat libre et celui de son fils Yoshitaka (destiné à être son successeur s'il n'était pas mort en 1947) faisant pression pour pratiquer un karaté plus "sportif", des divergences importantes sont apparues au sein de la JKA. Le Karaté Shotokai s'éloigna alors de l'apprentissage de Me Funakoshi. Le groupement universitaire reste à ce jour le plus fidèle au style du maître, surtout à Keio, son premier Dojo. La JKA quant-à elle ouvre les porte du Karaté international. Durant les années 50 la JKA nomma Jacques Delcourt président du Karaté français, et en 1965 l'union européenne de Karaté fut créé avec Mr Delcourt à sa présidence. Leur but étant de développer un Karaté international au règlement unique et à la pratique uniforme. En 1970, ce groupe passa à l'échelle mondiale sous l'appellation WUKO : World Union of Karate do Organizations.

En 1970 furent alors organisés les tout premiers championnats du monde de Karaté (alors remportés par Maître Koji Wada, actuel maître au Dojo de Keio). Dés lors, le groupement universitaire tend a se préserver de cette mondialisation et œuvre pour le développement du Karaté traditionnel au sein des université tout en préparant l'avenir avec certains dojos dédiés à la compétition. La JKA de son coté demande a ses nouveaux champions et jeunes maîtres influents tels que Taiji Kase, Kanazawa ou encore Oshima de devenir porte-paroles du Karaté dans le monde et de l'exporter, quitte à leur offrir une marge de manœuvre où chacun intégrerait sa vision de l'art martial, dans le respect de ses origines.

 

 

le Comité Olympique et la WKF

 

En 1985, la WUKO (organisation mondiale créée par la JKA en 1970) fut reconnue par le comité Olympique. Mais en 1990 quelques dissidents de la JKA et de la WUKO créèrent l'ITKF : Fédération internationale de Karaté traditionnel (dont le quartier général se trouve à Los Angeles)  afin de revenir à des valeurs plus proches de celles de Me Funakoshi. La WUKO tente d'unifier son organisation avec l'ITKF afin de créer la fédération mondiale de Karaté (WKF : Word Karate Federation), mais l'ITKF refuse et refute toute idée de transformer l'art des maîtres Okinawaïens en sport Olympique.  les tensions entre les deux groupes feront que le comité Olympique annule la reconnaissance du Karaté et interdit son entrée en compétition.  La WUKO devient alors la WKF (en 1990).

 

 

L'organisation Shotokan et Keio

 

Il existe aujourd'hui beaucoup de styles de Karaté. Certains sont des dérivés du Karaté de Me Funakoshi, d'autres sont des dérivés des styles okinawaiens plus anciens (comme le Goju Ryu). Certains styles ont été créés pour le combat, comme le célèbre Kyokushinkai (Karaté au K.O.). Le plus répandu dans le monde reste le Shotokan avec plus de 2 millions de pratiquants dont 200 000 en France. La fédération Française FFKDA est dirigée par Francis Didier.

La fédération mondiale pousse le Karaté a devenir Olympique et pour cela a engager des maîtres comme Nagura Toshihisa (représentant de Keio) au comité directeur. Ce dernier est nommé en 2014 à la 3e place de la fédération mondiale en qualité de secrétaire général. Le but étant pour eux d'œuvrer pour un Karaté de qualité qui pourrait être reconnu et accepté par la commission Olympique pour les jeux de 2020. Afin d'y parvenir sans recréer les problèmes de 1990, l'empereur Iro Ito a destitué la JKA en septembre 2014, afin de mettre en place un nouvel organisme alliant le véritable Karaté ainsi que les valeurs sportives requises pas le CIO. Cet organisme n'est autre que Keio. Avec les dirigeant de Keio à la tête de cette nouvelle entité (nommée Shotokan) et de la WKF nul doute que le Karaté parviendra  devenir Olympique dans les années à venir. Espérons que le Karaté réussira a conserver son âme et sa qualité de pratique (contrairement au Taekwondo qui est la risée des arts martiaux Olympiques). 

Maître Nagura Norihisa, directeur de la Mita Karate Kai a pour habitude de dire que Keio suit deux lièvres à la fois : Le Karaté originel, conservé dans les dojos universitaires encore aujourd'hui grâce aux élèves directs de Me Funakoshi, et le Karaté sportif afin de montrer une excellente image de Keio à travers les hautes compétitions internationales. Selon lui, l'un ne va pas sans l'autre, un dojo doit être à même de proposer les deux alternative tout en respectant les deux voies.

 

Le véritable choix reste celui du pratiquant.